Eglise St Joseph : le joyau retrouvé

Ce que l’on apprend quand on devient élu d’une ville, c’est bien sûr de gérer les urgences, les imprévus, les coups du sort ou l’actualité brûlante; mais aussi à apprivoiser le temps long, à s’inscrire dans les pas de ses prédécesseurs, ou à impulser des changements qu’on espère durables.

Le majestueux décor peint saisit dès l’entrée. Photo A. Gadeau / ville de Roubaix


Ce matin, à St Joseph, c’est avec une grande joie que j’ai assisté à la cérémonie religieuse fêtant la réouverture du lieu après 7 ans de travaux. Et justement, il y a 7 ans, fraîchement élu adjoint à la Culture et au Patrimoine, c’était une des premières décisions qu’avec les autres élus concernés nous devions prendre : validions-nous cette enveloppe de travaux, à vrai dire tout à fait exceptionnelle, pour essayer de rendre à l’église St Joseph sa splendeur d’antan ? Car la splendeur avait presque complètement disparu. Les peintures s’écaillaient, la toiture fuyait, le clocher était en danger; c’était une opération de sauvegarde qu’il fallait mener. Ou pour être plus précis, continuer à mener, car depuis bien des années déjà, les Compagnons de St Joseph s’activaient et la ville, accompagnée par l’Etat et le département du Nord, avait déjà mené des travaux d’urgence, indispensables pour préserver le site.

L’extérieur de St Jospeh est sobre, voire austère, mais d’une grande élégance. Photo A. Gadeau / ville de Roubaix

Notre décision fut bien sûr de valider ces travaux (pour mémoire, les églises construites avant 1905 sont la propriété des villes dans lesquelles elles ont été bâties, d’où l’intervention nécessaire de la municipalité), notamment parce qu’il s’agissait de l’unique moment historique classé de la ville (les autres ne sont qu’inscrits, ce qui est moins prestigieux), et justement parce qu’un réel mouvement de sauvegarde s’était levé autour de cette église qu’il convenait de l’accompagner. Pendant les 7 années suivantes, le chemin fut long, tortueux, avec ses passages sublimes (le changement de clocher reste mémorable) et ses moments de doute, notamment concernant le travail sur les peintures. Pendant ces longues années, un gigantesque échafaudage fut présent dans l’église, et il a donné à ceux qui ont eu le privilège de l’escalader la possibilité de voir de très près la qualité des fresques et des peintures qui se situent aujourd’hui à plusieurs mètres du sol.

Pendant les travaux, les échafaudages ont permis de restaurer les décors peints et de les admirer à quelques centimètres de distance. Photo A. Gadeau / ville de Roubaix

C’était d’ailleurs la première impression qui m’a saisie en entrant dans le bâtiment ce matin, la disparition de l’échafaudage, la hauteur du site, la grandeur de la perspective, et bien sûr cet affolant décor peint qui parcourt l’ensemble de l’église.Pendant ces 7 ans, les bonnes volontés ont continué à œuvrer pour l’achèvement de ces travaux, et aux Compagnons de St Joseph s’est adjoint le Cercle des Mécènes, grâce à qui de substantiels compléments de travaux ont pu être financés, qui n’étaient pas prévus au programme d’origine.Bref, ce matin, 145 ans après son inauguration, c’était un peu une renaissance, une résurrection comme le disait Mgr Ulrich, et la cérémonie fut parfaite pour inscrire tous les participants dans ce temps long dont je parlais plus haut. Nous eûmes tous conscience que St Joseph pourrait à nouveau, pendant de longues années, accueillir les fidèles, les curieux, les touristes, les amateurs d’art sacré, et tous ceux dont le chemin croiserait cette « église des ouvriers » qui fait toujours aujourd’hui la fierté de la ville.

Symboliquement, l’adjoint au Maire en charge du Patrimoine, Frédéric Lefebvre, remet à l’évêque Mgr Ulrich les clés de l’église St Joseph. Photo La voix du nord.

Un peu plus d’infos : on retrouvera un très bel article de RoubaixXL consacré aux travaux de St Joseph; ainsi que la page qui lui est consacrée sur le site de Roubaixtourisme.

J’évoque aussi la place du patrimoine, dont l’église St Joseph, dans ce post de blog.

7 ans de politique culturelle à Grenoble

A tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la vie culturelle en France et à l’évolution des politiques culturelles, le long article que Frédéric Martel vient de publier sur le site de France Culture sur la politique culturelle de la ville de Grenoble, qui fait suite à un numéro de son émission Soft Power, et surtout à une longue enquête fouillée sur place, est chaudement recommandé.

Pourquoi Grenoble ? Parce que, suite à son élection surprise en 2014, l’écolo Eric Piolle avait affiché une vaste ambition de refondation de la politique culturelle de la ville, et assumait une volonté de se libérer des modèles classiques à la fois ambitieuse et intrigante. Où en est Grenoble 7 ans après ? La lecture de l’enquête de Frédéric Martel permettra à chacun de se faire un point de vue; et même si celui de l’auteur est assez clair, il est à remarquer qu’il laisse tous les points de vue s’exprimer de manière assez longue, et qu’il ne tire pas de conclusions définitives ou hâtives.

Rose Girl, Shepard Fairey, oeuvre monumentale réalisée à l’occasion du Street Art Fest de Grenoble. Photo StreetArtAvenue.

On remarquera déjà que les questions de gouvernance, de direction, d’organisation sont très présentes; ce qui correspond tout à fait à mon expérience en la matière, mais échappe souvent à ceux qui ne sont pas proches du sujet. Oui, le monde culturel est mouvant et complexe; sa gouvernance oblige souvent à associer de nombreux partenaires; les décisions exigent un consensus pas toujours évident à trouver. L’article rappelle bien que le solo d’une ville dans ce contexte peut très facilement avoir des effets pervers ou négatifs, ce qui n’a pas manqué de se produire à Grenoble.

Sicile, Nicolas de Staël, collection du Musée de Grenoble. Photo Jean-Luc Lacroix, Ville de Grenoble / Musée de Grenoble

On constate aussi que, loin d’être des outils fumeux ou des figures de style un peu superflues, les projets culturels des villes, des structures, des équipements, sont des outils majeurs pour orienter les actions, les décisions, et associer les partenaires pour leur réalisation. Des projets flous, changeants; ou des décisions non cohérentes ou arbitraires, laissent immanquablement des traces et peuvent paralyser durablement des équipements même en plein succès.

Fête des Tuiles 2019. Photo Ville de Grenoble.

Ce qui m’a surtout frappé, c’est à quel point les sujets de tension, de discussion, de débat, peuvent se retrouver dans ce qui anime et agite la vie culturelle métropolitaine et roubaisienne, avec bien sûr des situations très différentes, mais des enjeux bien communs. On remarquera par exemple les passages sur la place du street art, sur l’importance des bibliothèques, sur la création d’une parade (la Fête des Tuiles) pour essayer d’associer les habitants, sur la manière de rapprocher un musée des artistes et de la création locale, sur les débats et les points de vue parfois divergents entre une ville et la métropole, sur la manière d’associer un centre chorégraphique – ou un orchestre baroque – avec les habitants d’une ville, sur la confiance faite aux acteurs culturels ou la volonté de la ville de reprendre un main certains sujets.

Outwitting the devil, spectacle d’Akram Khan, au programme de la saison 20-21 de la MC2. Photo Jean-Louis Fernandez.

Et on s’accordera sur le paragraphe de conclusion de Frédéric Martel, qui rappelle à juste titre que « la valorisation des initiatives locales, la prise en compte de la pluralité des cultures, l’élargissement de l’accès, l’éducation artistique et le nécessaire renouvellement générationnel sont autant de pistes à remettre sur le chantier sans dogmatisme ».

Music Story, toute une histoire !

Jean-Luc Biaulet était un collègue de travail il y a une quinzaine d’années. Avouons-le, pour créer Music Story en 2008, une start-up dédiée à l’origine aux bases de données musicales quand les plateformes de streaming démarraient à peine, il fallait une bonne d’inconscience, ou une sacrée confiance en soi, ou un énorme ras-le-bol, ou sans doute pas mal des trois !

12 ans après, le pari est plus que rempli; et dans cette causerie de la Plaine – l’excellente série de podcast animée par Laurent Tricart, le directeur innovation de la Plaine Images, il raconte la belle réussite de son entreprise, et à travers elle aussi les formidables mutations du monde de la musique depuis le début du siècle.

On apprend beaucoup de choses pendant cette demi-heure, on se rend compte que c’est un domaine d’une folle technicité, mais où l’amour ou la passion de la musique compte aussi; on est surpris de découvrir l’implantation géographique internationale déjà très aboutie de l’entreprise (Amérique du Sud, Asie, en plus des Etats-Unis et de l’Europe), et l’on se dit qu’il y a vraiment beaucoup de très belles aventures entrepreneuriales sur la métropole lilloise, merci à Laurent Tricart de nous les faire découvrir…

#MusicStory, c’est aussi un bel exemple de ce que peut être la MusicTech, la filière où se croisent musique et innovation technologique, et la Plaine Images a lancé un appel d’offres en janvier dernier pour que les pépites de ce secteur puissent s’incuber sur le territoire de Roubaix-Tourcoing. Bonne chance à elles !

3 voeux pour Lille3000 – Utopia

(intervention au Conseil de la Métropole Européenne de Lille du 13 décembre 2019)
Bis repetita placent. Les choses répétées 2 fois plaisent.
Nous nous retrouvons donc ce soir, comme il y a 3 ans, ou comme il y a 13 ans comme le signalait Rudy Elegeest, pour délibérer sur l’éventuelle subvention à la prochaine édition de Lille3000.
Comme il y a 3 ans, les mêmes questions se posent.
Quel est le bilan de l’édition tout juste achevée ? L’impact sur la fréquentation touristique ? L’articulation avec Hello Lille ? L’apport au rayonnement culturel de la métropole ? Le gain pour l’attractivité du territoire ? Le positionnement et les performances par rapport aux autres grandes saisons culturelles françaises, au Voyage à Nantes, à Un été au Have, à Normandie impressionniste, à la Biennale de Lyon ? Nul ne le sait vraiment. Les seuls éléments communiqués sont la fréquentation, qui, en agglomérant aux expositions du Tri Postal les Foulées de Verlinghem, la Nuit des Piscines ou même les expositions du Louvre Lens, forment un total qui ne veut pas dire grand chose. On entend même maintenant parler de « chiffres à la Lille3000 » et d’une édition « Exagerado » !

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La nuit des Piscines était aux couleurs d’Eldorado cette année.

Plus sérieusement, une étude des retombées de l’événement a bien été commanditée auprès du cabinet Gece; mais sa restitution aura lieu au 1er trimestre 2020, soit bien après notre vote de ce soir. N’est-ce pas mettre la charrue avant les boeufs ?
C’est pourquoi je formule un premier voeu, comme en 2016, qu’une commission de suivi et d’évaluation soit à nouveau formée. Mais que, contrairement à 2016, cette commission de suivi soit moins une chambre d’enregistrement ou de présentation promotionnelle par Lille3000, mais un réel lieu d’échanges, de débats et de questionnements entre élus, avec l’appui des services de la métropole.

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Quelles sont les performances de Lille3000 par rapport à Normandie Impressionniste, par exemple ? Nul ne le sait vraiment.

Comme il y a 3 ans, les mêmes questions se posent : pour quoi au juste allons-nous voter ? Au delà d’un slogan, « Utopia », et d’orientations pleines de mystères et d’ambivalence, quels sont les axes principaux ? Les nouveautés thématiques ? Les événements marquants ? Le périmètre concerné ? Faut-il continuer à étirer jusqu’en décembre ? Les propositions estivales d’Eldorado ont-elles rencontré leur public ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que, divine surprise, la subvention de la MEL passerait de 2,4 M€ à 3 M€. Elles sont rares, les manifestations culturelles qui voient leur subvention augmenter de 20%; on aimerait savoir pourquoi, ce qui rend cette augmentation si impérieuse ? Cela présage-t-il d’une mise à la diète de l’ensemble des autres associations culturelles ?

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L’oeuvre d’Elsa Tomkowiak a enchanté les visiteurs du Parc Barbieux, bel exemple d’un essaimage métropolitain à développer

Je formule donc un 2ème voeu, en me réjouissant de cet appui renforcé de la métropole à cette opération. Le budget des opérations de Lille3000 ne représente pour les 89 communes de la MEL hors Lille que 15% du total, je suggère donc que les 600 k€ supplémentaires soient principalement consacrés à l’essaimage métropolitain. Cela serait une façon concrète de répondre à un certain nombre de critiques, parfois justifiées et parfois pas, sur le lillo-centrisme de l’événement.

Le Groupe Métropole Communes Unies votera donc majoritairement pour cette délibération et donc in fine pour cette manifestation, en formulant un 3ème voeu, qui je l’espère ne restera pas une utopie : que cette 7ème édition de Lille 3000 soit toujours plus participative, qu’elle assure toujours plus de rayonnement à notre territoire, qu’elle présente toujours plus d’innovation culturelle, et rassemble toujours plus d’habitants de notre métropole et de notre région.

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L’Infinite Mirror Room de Yayoi Kusama au Tri Postal, une des oeuvres les plus marquantes de cette édition Eldorado (photo plusaunord.com)

(les amateurs de cohérence politique pourront aussi se référer à mon post de 2016, « Pour un Lille3000 plus ouvert, plus ambitieux, plus efficace »)

Vanessa au Colisée

C’est le privilège des stars, des vraies. Un simple « Vanessa » suffit à les identifier. Et parions que des (dizaines) de milliers de femmes nées dans les années 90 lui doivent aujourd’hui leur prénom…

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Vanessa plutôt rock en début de spectacle

Bref, 26 ans (!) après son premier passage au Colisée, Vanessa Paradis était de retour sur la scène roubaisienne, qui était une fois de plus comble pour cette occasion; et c’est un vrai show de star auquel nous avons eu droit.
En 3 morceaux, les premiers rangs étaient déjà debout pour accompagner la chanteuse dans une rétrospective assez complète de sa carrière. Le groupe de musicien est soudé et versatile, mais c’est Vanessa Paradis qui fait le spectacle, et de belle manière. Elle bouge sur toute la scène, elle ondule, elle sourit, elle envoie des bises au ciel pour Serge Gainsbourg à la fin d’un très beau « Johnny Jane », elle se dévoile petit à petit; elle habite la scène et la salle d’une manière assez incroyable, sans jamais se départir d’un bout de timidité tellement charmant.

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Vanessa se repose pendant un solo de guitare…

Musicalement, sa voix est plus affirmée que je ne l’aurais cru; et elle revisite avec bonheur ses titres plus ou moins récents. Si certains sont à mon goût un peu faibles, d’autres se révèlent sur scène (comme « La Seine » justement), et bien sûr ses titres du début sont mis à l’honneur de très belle manière, dans une sorte de karaoké géant comme sur Joe le Taxi (« c’est sa vie »!).
Une mention spéciale au medley Lenny Kravitz, où les 4 chansons enchaînées que je n’avais pas entendues depuis longtemps m’ont enthousiasmé et redonné envie d’écouter cet album au si grand succès à l’époque.
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Espérons donc tous revoir « Vanessa » très bientôt sur cette scène. Un portrait d’elle à 20 ans en noir et blanc orne depuis des années les murs du Colisée; elle y est la bienvenue quand elle veut !
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La Seine sur scène , ça donne ça :

et pour la bonne bouche, l’époque Lenny Kravitz c’était ça :

Chroniques du bureau 112 #6 : Européennes 2019

Je préside maintenant ce bureau de vote depuis bientôt 4 ans et pour le 6ème scrutin, et ce fut un plaisir ce dimanche de retrouver les électeurs, les assesseurs et les secrétaires de la mairie, comme une conversation interrompue qu’on reprend avec gourmandise, les enfants qu’on voit grandir, les mêmes électeurs présents un quart d’heure avant l’ouverture (et peut-être aussi les mêmes électeurs se présentant après la fermeture et s’étonnant une nouvelle fois que le bureau ferme à 18h…).

Quoi de neuf pour cet unique scrutin de 2019 ? Un objet d’abord : la trottinette ! C’est incontestablement le nouveau moyen de locomotion, et c’est avec une certaine surprise que j’ai constaté à quel point il était utilisé pour venir voter, seul, ou en famille; avec ou sans casque, aucun doute : la trottinette est entrée dans les mœurs roubaisiennes !

C’est aussi l’émotion, toujours renouvelée, des électeurs qui viennent voter pour la première fois et qui nous le disent avec appréhension et fierté à la fois. Ainsi, cette jeune femme d’une trentaine d’années, qui nous dit qu’en venant pour son premier vote, elle se sent « vraiment accueillie dans la nationalité française » et nous fait un grand sourire. Je dois avouer que le président du bureau a eu la chair de poule…

La cérémonie d’accueil dans citoyenneté française en mairie de Roubaix en 2018. Photo Nord-Eclair

Le bureau 112, c’est aussi Roubaix comme on l’aime, avec sa gouaille, sa diversité, sa bonne humeur, et l’on repense avec amusement à Malika et Yvonne, deux voisines déjà un peu âgées et avec quelques difficultés de déplacement, qui ironisent et se lancent des vannes sur celle qui mettra le plus de temps pour rentrer chez elle.

La diversité, c’est aussi ce très jeune électeur, d’à peine 18 ans, qui vient voter avec son père, un look gothique qu’on croyait passé de mode, et un vernis à ongles vert. Affirmer son identité, sa différence, envers et contre tout, c’est ça aussi Roubaix.

Photo Madmoizelle.com extraite du compte Instagram boysinpolish

Enfin, ce scrutin européen au bureau 112, c’est aussi 3 tables complètes de bulletins de vote, pour présenter les 34 listes, et un côté bingo un peu absurde lors du dépouillement, du genre « Jadot, numéro 20, 1 vote »…

Le patrimoine, ce lien qui nous unit

Le dramatique incendie de Notre-Dame de Paris a au moins eu ce mérite, par l’émotion mondiale qu’il a suscitée, par l’ampleur de la réaction qu’il a causée, et par l’incroyable vague de solidarité qu’il a générée, de nous montrer à quel point le lien qui nous unit à notre patrimone est fort, ancien et profond.
Nous avons tous eu l’impression de perdre quelque chose d’important, quelque chose auquel nous tenions si fort mais sans vraiment le savoir. Et nous avons tous été surpris de voir que nous n’étions pas seuls dans ce cas, mais des millions.
Et ce lien qui nous unit si fort à des bâtiments, et qui nous tient si fort ensemble, cette force du patrimoine, nous la vivons aussi ici, tous les jours, à Roubaix. Ainsi, l’église St Martin, rare vestige de l’ère pré-industrielle à Roubaix, en rénovation pour encore quelques années. St Joseph, dont la longue réhabiliation se termine, chef d’oeuvre du néo-gothique, et émouvant témoignage de la foi des ouvriers de l’industrie textile. Et comme on le voit sur ces photos, à Roubaix, on sait ce que reconstruire une charpente d’église ou installer un nouveau clocher veut dire !
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Mais le patrimoine à Roubaix, ce sont aussi bien sûr ces bâtiments industriels, qui ont constitué le tissu urbain au 19ème et 20ème siècle; et leur présence si familière aujourd’hui dans le paysage roubaisien nous rappelle à chaque instant l’histoire de notre ville, l’histoire de ceux qui l’ont bâti, de ceux qui sont venus y vivre, et l’incroyable épopée industrielle de notre ville.
La patrimoine de Roubaix ne date pas du 13ème siècle, mais ce patrimoine du 19ème et du 20ème siècle, nous y sommes tout autant attachés, car c’est lui qui nous a constitué. Imagine-t-on aujourd’hui Roubaix sans sa Piscine art déco des années 30, alors que le bâtiment a à peine 80 ans ? Sans son magistral Parc des Sports, où l’arrivée du Paris Roubaix aurait beaucoup moins d’allure si elle n’avait pas lieu dans cet antre historique du vélo en France ?
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Ce n’est pas pour rien qu’il y a maintenant 18 ans, Roubaix fut pionnière en étant reconnue « Ville d’Art et d’Histoire » en particulier au titre de son patrimoine industriel, presque une curiosité alors; et aujourd’hui la ville assure avec constance et rigueur l’entretien des bâtiments qui lui appartiennent.
Certes rien n’est simple; si de magnifiques projets comme celui de la rénovation de l’église St Joseph sont maintenant bien engagés, si le monastère des Clarisses va se réinventer en partie comme une Maison de l’Economie Circulaire et du Zéro déchet, l’avenir de l’église Notre Dame (les Gobelins) par exemple n’est lui pas encore clairement établi.
Je formule ici néanmoins le vœu qu’il y ait cette année une réelle prise de conscience de l’importance du patrimoine dans nos vies, dans nos villes; et que chacun ait à cœur de considérer, comme la ville l’a fait, comme nous le faisons collectivement pour Notre Dame de Paris, que nous en sommes tous un peu responsables, et que cela vaut le coup d’y contribuer, chacun à la hauteur de ses possibilités et de ses moyens. En faisant visiter ces lieux à des amis, en en devenant bénévoles, en aidant financièrement les initiatives qui se constituent. Parce que ce lien qui nous unit, il nous revient à tous de l’entretenir et de le renforcer. N’attendons pas l’irréparable pour montrer notre attachement.

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L’intérieur de l’église St Joseph, rue de France, à l’Alma. Le seul bâtiment classé Monument historique de Roubaix. On voit comme il le mérite…

La ville de Roubaix a établi depuis plusieurs années un partenariat avec la Sauvegarde de l’Art Français pour le recueil de dons contribuant aux projets de rénovation de l’église St Joseph rue de France : https://www.sauvegardeartfrancais.fr/projets/eglise-saint-joseph/
Concernant plus spécifiquement le musée la Piscine, géré directement par la ville, des dons ouvrant droit aux avantages fiscaux habituels sont possibles : https://www.roubaix-lapiscine.com/mecenes-et-amis/faire-un-don/

La Nuit des Arts sur France 3 Hauts de France

Il y a des propositions comme ça qui ne se refusent pas, même si c’est un vendredi matin, à Amiens, une semaine avant l’événement. Parce que parler de la prochaine édition de la Nuit des Arts à des dizaines ou des centaines de milliers de personnes, c’est tout bonnement une occasion en or.

En effet, la Nuit des Arts, c’est un peu la quintessence de ce que la ville de Roubaix essaie de faire en matière de culture. Un événement festif, participatif, gratuit, généreux, qui rayonne sur toute la ville, qui essaime sur une cinquantaine de lieux, qui réunit les milliers de visiteurs de la Piscine et les quelques dizaines de visiteurs d’endroits plus confidentiels.

Et puis, cerise sur le gâteau, parce qu’on avait l’intime conviction que cette 18ème édition sera véritablement spéciale : première édition depuis la réouverture du Musée, 10ème anniversaire de Small is beautiful au Non-Lieu, dernière Braderie de l’Art à la Condition Publique avant le début des travaux, plus de 600 artistes (oui, 600, on les a comptés !), vraiment on ne compte plus les raisons de marquer cette édition d’une pierre blanche. Et je ne parle même pas du Marché des Modes ou de la Braderie de La Grand Plage !

Sur le plateau

C’est le message que j’ai modestement essayé de faire passer dans l’émission 9h50 le matin sur France 3 la semaine dernière. J’y ai été séduit par le sympathie et la bonne humeur des équipes, par la bienveillance de tous, ça a été un plaisir de parler de cet événement, et j’ai la faiblesse de croire que ce plaisir et cette bienveillance se sentent un peu dans l’interview…

Donc ce week-end, aucune hésitation : direction Roubaix pour le week-end des Arts !

un peu d’archives de blog ; la Nuit des Arts « groovy » de décembre 2013,

celle de décembre 2014 avec Délit Maille entre autres,

ou encore celle de décembre 2016 avec même un peu d’Alain Chamfort et Manureva 🙂

En duplexe

 

 

Ballet du Nord : un Let’s move dionysiaque !

Il y a des moments dans la vie culturelle dont on se souviendra longtemps, et on le sait presque sur le moment – et le savoir sur le moment augmente encore le plaisir de voir le spectacle en question…
Bref, c’est un de ces moments que j’ai vécu samedi soir, presque une épiphanie. De quoi s’agissait-il ? De la première – et unique – représentation de Let’s move, le spectacle participatif de Sylvain Groud, le nouveau directeur du Ballet du Nord.
Il faut bien dire qu’on l’attendait un peu au coin du tournant, le Sylvain. Depuis qu’il est arrivé au mois d’avril, il a montré de belles intentions et s’est impliqué dans beaucoup d’actions locales et régionales, mais on était impatient de voir ce que pouvaient donner ses grands projets…Et Let’s move était ce grand projet, commande de la Philharmonie de Paris (excusez du peu!), déjà en préparation pour le Havre, Paris et Sénart…
On n’a pas été déçu du voyage. 140 amateurs, c’est beaucoup quand on y pense, et c’était déjà un bel exploit, un beau signe de confiance, que d’avoir réussi à les réunir et les motiver pour 2 week-ends complet d’apprentissage, de répétition, de vie commune. Et sur le plateau du Colisée, ça fait vraiment BEAUCOUP de monde. A vrai dire, à part pour les spectacles de type « Chorale » – et encore, il n’y a alors aucun déplacement, aucun mouvement, aucune intention de danse -, on ne voit plus de nos jours autant de monde sur le plateau. Personne ne peut plus produire un spectacle avec 100 personnes.

du monde au balcon !

D’ailleurs, cela faisait tellement de monde que les danseurs étaient partout : dans les couloirs de la salle, sur les fauteuils, sur les balcons; bref on était complètement entourés et pris par le spectacle!
Et le spectacle lui-même alors ? Il était diablement malin et bien troussé ! Encadrés, inspirés, coachés par une poignée de professionnels (on retiendra notamment le solaire Jérémy Martinez et l’élégant Julien-Henri Vu Van Dung), les amateurs dansaient, chantaient, jouaient la comédie, percussionnaient, faisaient leur show, à qui mieux mieux sur les grands airs de la comédie musicale.
Cela aurait pu être rapidement charmant mais lassant, mais Sylvain Groud avait plus d’un tour dans son sac; et la salle du Colisée s’est transformé tour à tour en salle de concert, en bal musette, en boîte techno; le public s’est rapidement mis à chanter et à danser à l’unisson avec la troupe, et c’est véritablement une salle complètement prise au spectacle et enthousiasmée qui s’est égosillée finalement sur le final de Summer Nights…
Bref, si l’adjectif dyonisiaque n’existait pas, il aurait fallu l’inventer pour cette incroyable représentation qui fera date dans l’histoire du CCN et du Colisée. On ne demande qu’une chose : les revoir bientôt !

Michèle Sabatier, un soleil de Roubaix

On ne se connaissait pas depuis si longtemps avec Michèle, 3 ans, depuis que j’étais élu. Elle m’avait pris à part comme ça, dans un vernissage ou un cocktail, et, pas intimidée pour 2 sous, elle m’avait raconté ce qu’elle avait fait, sa passion pour Roubaix, pour la culture, pour les gens.

photo Nord Eclair

Comme beaucoup, j’avais tout de suite été sous le charme de sa faconde, de sa bonne humeur, de son énergie; et aussi de son franc-parler. Elle n’avait pas sa langue dans sa poche, ça c’est sûr; mais toujours et avant tout cette gentillesse, cette attention pour les gens, cette chaleur humaine.

Oui, Michèle, depuis 30 ans, était un vrai soleil pour Roubaix, que ce soit pour les habitants de l’Alma où elle travaillait au Centre Social, pour les jeunes qu’elle avait pris son aile, et l’on pense en particulier très fort ce soir à Brahim Bouchelaghem, en qui elle avait cru avant tout le monde et même avant qu’il croit en lui-même peut-être; on pense à la Condition Publique, aux visites de musée, à la Cave aux Poètes; et depuis sa retraite au Rugby Club où elle était devenue une bénévole de choc…

De fil en aiguille, par hasard dans la rue ou dans une manifestation culturelle, je recroisais Michèle, et à chaque fois c’était un plaisir de s’arrêter, d’échanger des nouvelles, d’avoir son point de vue sur je ne sais quel sujet, ou juste de prendre un verre ensemble.

Hélas, parfois, le soleil est noir; et Michèle avait aussi ses côtés sombres; ses propres tourments l’ont emportée hier soir…Les témoignages d’affection affluent depuis l’annonce de sa disparition, et l’on mesure à quel point Michèle était appréciée.

Je ne peux ce soir que me joindre à ce concert de regrets, exprimer ma profonde tristesse à l’idée de l’avoir perdue, et présenter mes sincères condoléances à son fils et ses amis. Je serai là pour lui dire un dernier au revoir mardi au Crématorium de Wattrelos.

On retrouvera avec plaisir Michèle dans la vidéo ci-jointe, publiée ce jour par leblog2roubaix.com