Camille Claudel, ou le miracle de La Piscine à Roubaix…

C’était vendredi le vernissage, la zone d’exposition temporaire était pleine à craquer, le Grand Bassin noir de monde pour les discours, bref, un vernissage des grands jours qui augurait un démarrage sur les chapeaux de roue pour l’exposition « Camille Claudel, au miroir d’un art nouveau », à l’occasion des 150 ans de la naissance de l’artiste. Les premiers jours semblent confirmer cet engouement, avec paraît-il plus de 5000 visiteurs à dimanche soir. Un succès extraordinaire en perspective pour cette magnifique exposition, et aussi l’occasion de se demander par quel miracle notre « musée municipal de Roubaix » qu’est la Piscine arrive à organiser un tel événément ? Ce « miracle » tient en peu de choses, mais elles sont très précieuses.


Camille Claudel à l’honneur à la Piscine de… par 20Minutes

Tout d’abord, le charme fou de la Piscine, du bâtiment merveilleusement rénové, de l’atmosphère totalement atypique qui s’en dégage, et qui fait que tant de personnes qui ne visitent guère ou apprécient peu les musées en général deviennent des fans de la Piscine. Ce charme compte aussi pour les organisateurs d’exposition, pour les musées préteurs, qui savent que leurs œuvres seront magnifiquement mises en avant, et qu’il y aura du monde pour les voir.

La Petite Châtelaine, Camille Claudel (photo Musée La Piscine)

La Petite Châtelaine, Camille Claudel (photo Musée La Piscine)

Deuxième ingrédient du « miracle » : l’équipe du Musée, et en premier chef son conservateur Bruno Gaudichon. C’est une équipe de vrais passionnés, qui font feu de tout bois pour réussir à organiser des expositions remarquables, pour attirer l’attention sur le musée, mais avant tout sur la base d’un travail muséal rigoureux, indispensable, et souvent en pointe sur les sujets abordés. Bruno Gaudichon est un des grands spécialistes français de Camille Claudel dont il côtoie l’œuvre depuis des dizaines d’années, l’exposition que nous avons la chance de voir aujourd’hui est le fruit de plusieurs années d’un travail de préparation inlassable et méticuleux. On n’imagine pas que, derrière les vitrines, il y a eu des longues négociations avec d’innombrables musées, institutions ou collectionneurs privés pour arriver à obtenir le prêt des œuvres sans lesquelles aucune exposition n’aurait pu avoir lieu, un relationnel qui se tisse au fil des ans, et qui fait qu’aujourd’hui les demandes du musée sont examinées avec une réelle bienveillance. Bref il y a à La Piscine une équipe hors pair, que je voudrais personnellement féliciter pour le travail accompli, en particulier pour cette exposition.

 

Enfin, j’oserais dire que le troisième ingrédient est le côté « roubaisien » du musée, qui lui donne ce caractère particulier, à nul autre semblable. Un mélange de culot, de solidarité, et un solide réseau autour de lui. Le culot d’avoir eu l’idée d’organiser cette expo alors que le Musée Rodin est en rénovation, et le futur musée Camille Claudel de Nogent en cours d’aménagement – on a le droit d’avoir le sens du timing. La solidarité, car c’est bien grâce à elle que d’une part le Musée a pu acquérir dans les années 90 ce qui est maintenant sa pièce maîtresse, la Petite Châtelaine  de Camille Claudel bien sûr, qui est aussi la  base sur laquelle l’exposition a pu être construite. En effet, c’est en grande partie par une souscription publique que le musée de Roubaix, avant même son ouverture, a pu acheter l’œuvre en question, souscription à laquelle les roubaisiens – et d’autres avaient répondu en masse. La solidarité, c’est aussi – rappellons-le – le fait que les postes du musée, en particulier les gardiens, sont des postes d’employés municipaux, souvent issus d’un parcours d’insertion; et ne sont pas externalisés à une société de service comme c’est souvent le cas. Quant au solide réseau autour du musée, quelle meilleure preuve que cette société des Amis du Musée, qui avec plus de 3000 membres est sans doute, soyons modestes, la plus importante au moins au Nord de  Paris sinon en province.
Ces amis, cette solidarité et ce sens du coulot, ça fait assurément partie de ce qui fait qu’on a envie de parler autour de soi de ce musée, de cette exposition, qu’on s’y sent bien, qu’on aime le faire découvrir aux autres…

Grâce à Camille Claudel, la Piscine va donc vivre 3 mois de folie, le miracle va assurément en nouvelle fois avoir lieu !

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