Archives de catégorie : Culture

Les belles surprises de la 14ème Nuit des Arts de Roubaix

Décidément, on ne se lasse pas de la Nuit des Arts, et cette dernière édition, le 3 décembre 2016, nous a montré à quel point on pouvait encore se laisser surprendre, émouvoir, étonner par cette manifestation tellement représentative du tissu culturel roubaisien.

 

L’ouverture du Delta Studio

L'installation de Manon Thirriot (photo Delta Runspace)

L’installation de Manon Thirriot (photo Delta Runspace)

C’était la grande sensation de cette Nuit des Arts, et la raison pour laquelle le pot de clôture s’y situait : l’ouverture d’un nouveau lieu culturel, hybride, le Delta Studio, au 158 rue Pierre de Roubaix. Dans les bâtiments des anciennes usines Boléra, Boris Lafargue, sculpteur, a ouvert un « artist run space », où se retrouveront des studios d’artistes, des artistes en résidence, une entreprise d’encadrement, et un fort bel espace  où il compte faire 3 ou 4 expositions par an.

Une belle ambition, et l’expo d’ouverture était plus que concluante, avec plusieurs artistes de renom qui formait un ensemble cohérent et convaincant.

Un lieu à suivre assurément !

 

Un air d’années 80 au Non-Lieu

la foule se presse au concert du Non Lieu (photo Non Lieu)

la foule se presse au concert du Non Lieu (photo Non Lieu)

Une nouvelle fois, le concept « Small is beautiful » du Non-Lieu a fait carton plein, on avait même l’impression d’une foule encore plus nombreuse que d’habitude qui se pressait dans les espaces magnifiques de l’usine ; peut-être était-ce aussi en raison d’une programmation musicale inhabituelle en ces lieux, avec un groupe de reprise des années 80, et je dois dire que quand les premières notes de Manureva ont retenti, une envie de chanter et danser dans l’usine s’est emparée de moi J

 

Une Braderie de l’Art qui bouge

La Braderie de l’Art est une des institutions de la Nuit des Arts, mais loin de se reposer sur ses lauriers, elle bouge et se métamorphose chaque année. Ainsi, 70% de nouveaux exposants, une forte représentation des collectifs, et surtout l’impression d’un fort tournant vers le design et le mouvement des makers, en parfaite ligne avec l’air du temps et pas mal d’autres initiatives de la Condition Publique. N’est-ce pas sa vocation finalement de faire une synthèse du moment ?

 

Au fil du bain – «Ceci n’est pas un arbre de Noël » d’Isabelle Ramnou à La Piscine

des photos se reflètent dans des flaques d'eau sepia en céramique...un détail de l'oeuvre d'Isabelle Ramnou

des photos se reflètent dans des flaques d’eau sepia en céramique…un détail de l’oeuvre d’Isabelle Ramnou

La Piscine a fait très fort encore cette année avec sa traditionnelle commande de Noël, fort justement intitulée « ceci n’est pas un arbre de Noël ». Isabelle Ramnou, céramiste, propose une très réussi installation dans le Grand bassin, entièrement en céramique et porcelaine, bluffante de réalisme, de poésie, de nostalgie. Les maillots de bain d’époque de La Piscine sont reconstitués en porcelaine, de même que les serviettes ou une photo souvenir ; des gouttes d’eau reprennent délicatement des photos de baigneurs, des traces de pieds de quelqu’un qui s’en va, et qui commencent déjà à sécher et à s’estomper. Un beau mélange présent et passé, sur le thème du départ et de l’absence ; une œuvre qui mérite assurément qu’on se pose quelques minutes pour l’admirer en toute tranquillité

 

Artiste et employé municipal –  au Camion

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C’est en visitant la double exposition photo du Camion que j’ai appris que l’un des 2 artistes, Artefact usw, était aussi employé à la Médiathèque ! Une double compétence fort sympathique, tout comme ses photos de femmes, crues, pleines de force et de vitalité, et qui accrochent le regard avec un vrai brio. Le Camion se distinguait aussi par un concert de Christophe Marquillies, tranquille, qui a réjouit ses nombreux fans locaux !

 

Une muse à l’atelier de Witold Heretynski

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Les photos de Danièle, les toiles de Witold

Danièle avait toujours été la muse de Witold, et un célèbre portrait sur le pignon d’un immeuble de bld du Général de Gaulle le montrait assez. Le portrait existe toujours, la muse aussi, et elle inspirait pour cette édition  des photographes, en collaboration avec les Salon des Artistes Roubaisiens ; et c’était un réel étonnement de voir que le visage de Danièle pouvait donner lieu à tant de variations, d’images, de perceptions. Une belle proposition.

 

le XI en (r)êve

 

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L’installation de Régis Marie

On connaissait le 11 rue du Grand Chemin précédemment comme l’atelier de Nicolas Tourte; Nord Artistes avait aussi investi le lieu, c’est maintenant la plasticienne Eve Lagarde qui l’occupe et qui a invité plusieurs artistes pour la nuit des Arts, dont Régis Marie, un habitué de la #NDA; on a adoré l’ambiance très contemporaine et familiale à la fois du lieu, on espère qu’il est parti pour longtemps !

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Et c’est sans compter le 35 autres lieux qui étaient ouverts, et même des « off », comme ce Tom Tom Coffee de la place de la Gare ouvert trop récemment pour être inclus dans le programme « officiel » et qui proposait quand même une exposition de Al’pics’addict, juste pour le plaisir de participer à l’événement. Continuez comme ça !

Dorignac, ou le « métier » de La Piscine

Nous inaugurons ce soir les 2 nouvelles expositions de La Piscine, l’une consacrée à Georges Dorignac, l’autre à la nouvelle présentation des collections animalières du Musée.

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Ces deux expositions sont un magnifique exemple du travail de redécouverte que mènent Bruno Gaudichon et son équipe. Certes, ils ont à cœur de présenter des artistes connus du plus grand nombre, et on se souvient de l’affluence exceptionnelle que connaissent des expositions comme celles consacrées à Chagall et Picasso, avec plus de 100 000 spectateurs.

Mais le cœur du « métier » de la Piscine, si j’ose m’exprimer ainsi, c’est aussi de proposer des redécouvertes d’artistes d’exception, qui méritent un éclairage particulier ; et d’amener un nombre important de visiteurs à découvrir eux aussi ces formidables artistes.

C’était le cas, dans les expositions précédentes, d’Albert Braïtou Sala, ou tout récemment de Jean Martin ; et grâce au travail du musée, à la confiance qu’il a su susciter, et aussi à un travail scientifique remarquable, des dizaines de milliers de visiteurs ont pu admirer les œuvres de ces artistes ; et les replacer à nouveau dans la carte de l’art du 20ème siècle.

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C’est aujourd’hui le cas de Dorignac et de certains sculpteurs animaliers,- je pense en particulier à Marcel Lémar, auquel La Piscine avait déjà consacré une remarquable exposition monographique il y a quelques années ; et je souhaite que ces expositions remportent le même succès, comme cela semble être le cas sur les premiers jours d’ouverture !

Par ailleurs, je me réjouis que La Piscine mène, depuis son ouverture, un réel travail de fond sur la sculpture, travail qui constitue l’une des forces du Musée comme en témoigne l’emblématique Grand Bassin.

Nous avons ainsi accueilli le mois dernier le colloque « Montrer la sculpture », en partenariat avec l’Institut National d’Histoire de l’Art, et qui rappelait à quel point la Piscine est un des musées majeurs sur la sculpture des 19ème et 20ème siècles en France ; et qu’un des enjeux de l’agrandissement du musée serait de donner encore plus à voir pour la sculpture, en particulier avec l’installation unique de l’atelier restitué d’Henri Bouchard.

La nouvelle présentation sur la sculpture animalière en est aussi une très belle illustration. Elle donne un aperçu passionnant de notre collection permanente.

Je voudrais terminer en saluant Cédric Guerlus, dont la scénographie met avec talent en valeur la collection animalière, tout en facilitant la visite des groupes, en particulier des enfants et des jeunes, qui sont nombreux à visiter ces collections du Musée.

extrait du discours prononcé le 25 novembre 2016 pour le vernissage de l’exposition Dorignac au Musée la Piscine

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Notre Dame de Paris en avant première au Colisée Roubaix

Déjà 20 ans que Notre Dame de Paris, la comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, a marqué l’histoire de la variété française. Je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler les incroyables tubes qu’elle contient, et puis si quand même : Le temps des cathédrales, Aimer, Vivre…Le genre de tubes où, même après l’avoir entendu des centaines de fois à la radio et à la télé, tu as la chair de poule en reconnaissant les premières notes dans le spectacle.

Un beau décor et une mise en scène astucieuse

Un beau décor et une mise en scène astucieuse

Car aujourd’hui, 20 ans après, le spectacle est remonté, remis en scène, remis au goût du jour. Seul Daniel Lavoie subsiste du cast original, mais les « nouveaux » chanteurs font à vrai dire aussi bien l’affaire que Garou et Patrick Fiori, les créateurs des rôles de Quasimodo et Phébus.

Le Colisée a eu l’honneur, en raison de la taille de son plateau comparable aux plus grandes scènes parisiennes, d’accueillir les répétitions de ce nouveau spectacle et les 2 premières représentations, en avant première nationale, avant plus de 50 dates au Palais des Congrès à Paris, puis une méga tournée.

Disons-le tout de go : cette nouvelle production est franchement réussie. Les nouveaux interprètes sont largement à la hauteur des originaux, avec une mention spéciale pour Hiba Tawaji, qui reprend haut la main l’Esmeralda créée par Hélène Ségara il y a 20 ans.

Le décor est à la fois sobre, éloquent, efficace, et très modulaire; se prêtant à de nombreuses modifications pour les tableaux assez nombreux qui émaillent le spectacle. Et les chorégraphies sont aussi au goût du jour, avec une inspiration hip/hop ninja plutôt inattendue et qui fonctionne assez bien.

S’il fallait regretter une seule chose, c’est la bande son qui accompagne le spectacle; l’absence de « vrais » musiciens sur scène est parfois vraiment dommageable; mais il faut tempérer ce bémol et en reconnaissant que le spectacle est une vraie collection de tubes, qu’on fredonne rapidement ou qu’on reprend en choeur; et la foule ne s’y est pas trompée avec une standing ovation finale bien méritée !

Le Colisée Roubaix c’est vraiment un théâtre parfaitement adapté à la comédie musicale, il l’avait prouvé en son temps avec West Side Story ou Porgy and Bess, aujourd’hui avec Notre Dame de Paris, espérons que de pareils moments soient programmés la saison prochaine !

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A la création mondiale de « Auguri » d’Olivier Dubois

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Le flyer… »Weltpremiere » !

C’est peu dire que la création d’Auguri, d’Olivier Dubois, était attendue avec impatience. Non seulement parce que c’est sa première « grande » création depuis son arrivée à la tête du Ballet du Nord – CCN Roubaix, mais aussi – et surtout – parce que c’est la nouvelle création d’un des chorégraphes français les plus reconnus dans le monde entier.

Sa pièce précédente, Tragédie, est un succès phénoménal, tant vis-à-vis des critiques que du public (j’en parlais ici) ; avec déjà plus de 100 représentations depuis sa création au festival d’Avignon en 2013, pour une œuvre qui implique une vingtaine de danseurs, c’est réellement un « tube » de la danse contemporaine ; et d’ailleurs la troupe du Ballet du Nord s’envole la semaine prochaine pour Sydney où 3 représentations y seront données.

Grâce au Ballet du Nord, j’ai pu donc assister hier à la création de l’œuvre au Kampnagel, qui faisait l’ouverture du très réputé Sommerfestival de Hambourg… et j’ai été emballé. On retrouve tout ce qu’on aime dans l’art d’Olivier Dubois : des danseurs impliqués à l’extrème, des idées et des concepts travaillés jusqu’au bout, une précision et une rigueur hallucinantes, une mise en scène sobre mais prenante, la musique électro de François Cafenne qui fait partie intégrante de l’œuvre.

salut final

salut final. Pas de photos du spectacle, parce que c’est interdit…(les premières photos de presse arrivent bientôt!)

De quoi s’agit-il concrètement ? 24 danseuses et danseurs (oui, Olivier Dubois aime les groupes et les œuvres d’ampleur) travaillent un geste à la fois simple et peu utilisé dans la danse : ils courent. Seuls, à deux, à 3, à douze, à 24. Ils forment des boucles, des figures, des cercles, des aller-retours, sans jamais s’arrêter de courir. Ils se suivent, se font face, s’évitent, se font miroir, et disparaissent en un instant derrière un fond de scène mystérieux et en évitant 4 boîtes disposées sur le plateau.

Mais on se rend vite compte qu’il y a une infinité de manières de courir, et que chaque danseur a son style de course bien à lui, qui peut aussi changer, évoluer,  exprimer bien des choses. Et malgré une durée tout à fait raisonnable, à peine plus d’une heure, on est rapidement saisi par une sorte de transe devant ces courses infiniment diverses, expressives, impressionnantes, dont les subtiles variations sont finalement perçues comme des révolutions. Pour retrouver une des acceptions originales de « Auguri », les parcours des danseurs m’ont aussi évoqué des oiseaux volant en nuée, dans des figures toujours renouvelées, d’une complexité rare et malgré tout dans une parfaite coordination…

Alors oui, cet « Auguri » est une digne suite de « Tragédie »; et on ne peut qu’espérer que le même succès public et critique sera au rendez-vous.

Auguri donnera aussi lieu à une déclinaison avec des amateurs, « Auguri Extended »; et à une proposition qui sera reprise dans l’édition 2016 de #XU, le festival des cultures urbaines de Roubaix.

Auguri sera créé en France à la Biennale de Lyon cet automne et à l’Opéra de Lille (https://www.opera-lille.fr/fr/archives/bdd/cat/danse/sid/99628_auguri) les 6 et 7 décembre prochain. Grosse actualité Olivier Dubois cet automne puisqu’on pourra aussi se préparer en découvrant le 23 novembre le fameux « Tragédie » au Colisée de Roubaix (http://www.coliseeroubaix.com/196_tragedie.html)

Au Kampnagel

Au Kampnagel

La recette d’une saison réussie au Colisée – Théâtre de Roubaix

mot d’accueil des 2 soirées de présentation de la saisons 2016-2017 du Colisée, les 24 et 25 mai 2016

Nous fêterons donc ensemble cette saison les 90 ans du Colisée de Roubaix; et donc, c’est à peu près la 90ème fois ou presque qu’un adjoint à la Culture de la Ville prend la parole devant les spectateurs du Colisée réunis pour l’annonce de la prochaine saison …

Alors pour fêter cet anniversaire, j’ai décidé de vous livrer quelques secrets; et de partager avec vous la recette du Colisée, cette recette si particulière, au goût inimitable – et pourtant beaucoup s’y sont essayés ou s’y essaient encore…, qui permet, année après année et depuis si longtemps, de vous concocter un programme qui attire toujours plus de monde.

La recette, elle est très simple : du travail, de la passion, de l’intuition, et de l’ambition.

Du travail bien sûr, parce que vous imaginez bien qu’assembler plus de 52 spectacles, 90 représentations, 3 lieux, cela implique de grands efforts, de longues réunions, des contrats à gogo, d’innombrables mails; bref une année de dur labeur.

Mais cette année de labeur n’a de sens que parce que tous ici sont guidés par l’amour de leur métier et par la passion du spectacle, du partage, de la joie d’être ensemble et de vous accueillir. Et aussi, ne l’oublions par la passion pour accompagner les artistes, les découvrir, les guider, les encourager; et finalement leur permettre de donner sur scène le meilleur de leur art

De l’intuition aussi, car il n’y a pas de science exacte de la programmation; un artiste qui tourne à guichets fermés pour un spectacle peut faire un four avec le suivant; personne ne peut prévoir ce qui va plaire ou pas; nous nous posons sans arrêt mille questions pour deviner ce qui va vous plaire et quels spectacles en vaudront vraiment la peine; nous espérons cette année encore que cette intuition ne nous aura pas trop fait défaut.

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Et enfin, de l’ambition; car croyez moi il en fallait pour avoir l’idée de faire de la salle de spectacles de l’Epeule à Roubaix le plus grand théâtre au Nord de Paris; de l’ambition il en fallait pour se dire que plus de 100 000 spectateurs y viendraient chaque année; et cette ambition vous la partagez avec nous puisque chaque année, de plus en plus d’abonnés nous rejoignent et soutiennent la programmation du Colisée.

Alors voilà, pour la 90ème fois ou presque, nous vous présentons ce soir le fruit de cette recette simple et espérons que ce travail, cette passion, cette intuition et cette ambition, vous serez encore nombreux et pour très longtemps à la partager avec nous ce soir !
Je vous souhaite une excellente saison 2016-2017 au Colisée !


le lien sur le site du Colisée pour avoir toute la programmation 2016-2017

Pour un Lille3000 plus ouvert, plus ambitieux, plus efficace

C’est la semaine du bilan pour l’édition « Renaissance » de Lille3000, qui s’est déroulée de septembre 2015 à janvier 2016. Après une présentation aux élus de la MEL ce mercredi, un point presse ce vendredi détaillera les chiffres et les leçons de cette édition.

les totems brésiliens de la Rambla de Renaissance

les totems brésiliens de la Rambla de Renaissance

Disons-le avec flair play, ou tout simplement avec honnêteté : cette édition est pour ma part un succès. La fréquentation, si elle est en retrait sur l’édition 2012, reste néanmoins tout à fait honorable au vu du contexte plus que délicat des terribles attentats du mois de novembre. De manière plus profonde, le talent d’assembleur de Lille3000, pour faire travailler ensemble des dizaines de villes de la MEL, est remarquable; et la forme participative de nombreuses manifestations (la parade d’ouverture et les Conservatoires ou écoles de musique, les opérations jardin de St So, les cafés Renaissance, le Mumo…) une vraie réussite voire une source d’inspiration pour un élu à la culture comme moi. Citons aussi certaines initiatives innovantes, comme le fablab des makers de la Maison Folie de Moulins, particulièrement inspirantes.

dans l'antre des makers...

dans l’antre des makers…

Pour autant, Lille3000 cède comme souvent à son goût de la gonflette : à additionner les fréquentations de toutes les manifestations culturelles de la métropole, la somme totale annoncée est finalement bien virtuelle; et on a du mal à croire que la Villa Cavrois, la fête des Allumoirs à Tourcoing ou la Nuit des Arts à Roubaix aurait accueilli moins de visiteurs sans Lille3000. Mais ils sont labellisés dans le programme, donc on additionne…Ne serait-il pas plus honnête de ne parler que des manifestations « pures » Lille3000, à St Sauveur et au Tri Postal ?

De la même manière, Didier Fusillier souligne dans la presse le coût pour lui modeste de la manifestation (8 M€) par rapport au Festival d’Avignon (14 M€) ou à la Biennale de Lyon (21 M€ d’après lui). A y regarder de plus près, la comparaison n’est pas si simple, entre une manifestation qui a lieu tous les 3 ans d’un côté, tous les 2 ans pour Lyon, et pour des coûts bien moindres si l’on consulte d’autres sources (8 M€ pour l’édition 2015 de la Biennale de Lyon, soit pile poil le coût de Liille3000…). Quant au Festival d’Avignon, j’avoue ne pas trop comprendre ce qu’il y a de similaire entre un « simple » festival de théâtre et 4 mois d’événements culturels dans 77 communes.

Didier Fusillier, conseiller artistique de Lille3000

Didier Fusillier, conseiller artistique de Lille3000

Quant à l’impact économique qui est parfois invoqué, c’est à vrai dire le grand flou. L’étude commandée est plutôt axée sur le qualitatif, avec à vrai dire d’excellents résultats; mais la commande n’était pas celle d’une évaluation des retombées économiques; et même une donnée simple comme l’évolution des nuitées sur la période n’est pas encore disponible. On laissera donc chacun gloser sur le sujet, sans vrai chiffres sur lesquels se baser. Ennuyeux.

Pour ma part, j’estime qu’une manifestation culturelle d’envergure est indispensable à la notoriété et au rayonnement de la métropole lilloise; et que Lille3000 a acquis en 11 ans et 5 éditions un savoir faire et une crédibilité irremplaçables. La forme est convaincante; la qualité des manifestations proposées est forte; et drivée par son conseiller artistique multicartes, elle arrive à surfer sur l’air du temps culturel avec un réel brio.

Pour autant, il est légitime de se poser certaines questions. La première est celle de la nécessaire évolution de la forme. Ne risque-t-on pas une certaine lassitude si la 6ème édition à venir nous propose aussi une parade d’ouverture, une rambla rue Faidherbe, des expos best of à St So et au TriPo, la labellisation de tout le reste…? Il pourrait être temps de faire bouger au moins un des paramètres. On aimerait aussi que des mouvements émergents soient mis encore plus en avant; je pense en particulier aux arts numériques et au gaming.

L'expo Séoul vite vite au Tri Postal

L’expo Séoul vite vite au Tri Postal

De la même manière, ma qualité d’élu roubaisien me force à souligner le lillocentrisme patent de la manifestation. Certes, la ville de Lille est le plus gros financeur de l’opération, soyons francs, et c’est légitime que les opérations y soient très concentrées. Mais la MEL est aussi partie prenante; et pourtant au global c’est moins de 2% du budget de l’événement qui est consacré à Roubaix, 2ème ville du territoire. La disproportion paraît énorme, surtout quand on voit comment Lille3000 met en avant dans sa communication et ses bilans des expositions ou des événements qu’elle n’a que très marginalement financées.

(le nouveau festival #XU de cultures urbaines à Roubaix a été soutenu par Lille3000)

Ce qui nous mène aussi à nous interroger sur la pertinence du territoire concerné. De la même manière que le Voyage à Nantes a évolué en Estuaire sur toutes les villes du long de la Loire, ne serait-il pas temps que Lille3000 rayonne sur tout ou partie de la région NPDCP, comme Xavier Bertrand le proposait dans son programme (« une réussite comme Lille 3000 doit être un événement à rayonnement large qui profite à toute la Région ») ? Evidemment, il ne faudrait pas que la dilution fasse perdre de l’intensité, mais il y a sans doute des pistes à creuser.

Enfin, il faudrait aussi parler sans tabou du coût, de l’efficacité de l’événement par rapport à ses semblables, de l’impact économique; bref avoir des données fiables et sans biais méthodologiques, ce qui n’est pas pour l’instant disponible du moins à ma connaissance.

Je serai bien sûr, comme je l’ai été pour cette édition, en tant qu’élu de Roubaix et conseiller métropolitain, disponible pour accompagner la réflexion des équipes de Lille3000, de la MEL et de la Région dans cette voie.

Lettre à Fleur

Chère Fleur Pellerin,

Vous avez été remerciée du Ministère de la Culture lors du dernier remaniement ministériel, fort délicatement, en 6 minutes de conversation, au cours de laquelle le Président de la République vous a expliqué qu’il avait « besoin de quelqu’un pour faire de la politique » dans ce ministère. On n’avait pas remarqué que vous faisiez autre chose…

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Néanmoins, c’est ainsi que, adjoint à la Culture de Roubaix, j’en suis à « ma » 3ème ministre de la Culture en pas même 2 ans de mandat. On notera d’ailleurs qu’il semble que ce soit un ministère dévolu aux femmes; sans doute pour caser plus d’hommes dans les ministères régaliens, ou pour éviter la création de trop de Secrétariat d’Etat à l’Egalité Réelle ou l’Aide aux Victimes, toutes choses importantes certes, mais dont on se demande en quoi l’existence d’un maroquin va les aider (et alors qu’il n’y a toujours pas de Ministre de l’Enseignement Supérieur).

Mais je m’égare; et alors qu’on se demande ici ou là ce qu’il faut retenir de votre court passage au MCC, comme on l’appelle entre intimes, je voulais à mon tour vous livrer quelques remarques à ce sujet.

Noter tout d’abord que j’ai particulièrement apprécie votre passé « numérique » avant d’arriver au Ministère de la Culture; que c’était sans doute la première fois qu’une ministre avec une vraie connaissance du sujet avait été nommée; et que devant les nombreux dossiers en lien avec le numérique de ce ministère, c’était un choix plutôt heureux. On s’étonnera a posteriori qu’Audrey Azoulay, votre successeure, n’ai créé son profil Twitter qu’après sa nomination…

Fleur Pellerin, à Paris le 30 octobre 2011 - photo Nicolas Reitzaum

Fleur Pellerin, à Paris le 30 octobre 2011 – photo Nicolas Reitzaum

Votre tropisme assumé vis à vis des industries créatives, assumé à de nombreuses reprises; ainsi que l’accent que vous avez mis sur l’enseignement artistique, cela aussi était plutôt heureux; car qui ne voit qu’il est fini le temps du Ministère obnubilé par les créateurs stars, par les avis des coteries parisiennes, le mercato des opéras et des théâtres mondiaux ou les enchaînement de cocktails et vernissages…

Il paraît qu’on vous en a beaucoup voulu pour le #ModianoGate, cette prétendue faute d’avoir avoué que vous n’aviez lu aucun livre de nouveau prix Nobel français que vous receviez peu de temps après l’annonce de l’attribution. Dois-je vous avouer que j’avais pour ma part trouvé plutôt réconfortant qu’une Ministre reconnaisse et assume le fait qu’elle n’avait pas ou plus le temps de parfaire sa culture générale et son amour de la littérature, assommée de la lecture de notes et n’ayant sans doute que fort peu de temps libre ? Hélas, cette touche bienvenue de vie réelle n’est pas passée; visiblement les Français – ou les journalistes ? – s’attendent à ce qu’un Ministre de la Culture consacre quelques heures par jour à la lecture. Est-ce vraiment ça qu’on attend de lui ?

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Evidemment, d’autres séquences ont été moins réussies dans votre passage rue de Valois, je pense en particulier à la gestion chaotique de la grève à Radio France, ou aux suites de l’affaire « Saal » à l’INA, où l’on aurait aimé des actions plus lisibles et plus tranchées. C’était peut-être cela faire de la politique…

Votre plus belle victoire, c’est sans doute celle dont vous ne profiterez pas; à savoir l’augmentation, sensible et réelle (+2,7%), du budget de la Culture en 2016. C’est en effet 190 M€ supplémentaires par rapport à 2015 que vous étiez allé chercher dans les arbitrages interministériels, dont on peut imaginer qu’ils n’ont pas été faciles.

Mais bon, cela n’aura servi à rien, vous saviez depuis le début qu’être ministre c’est un CDD, et la semaine dernière le CDD s’est arrêté. Avec pas mal du culot, vous ironisez sur Twitter à ce sujet, tout en vous en défendant. On aurait peut être aimé vous voir aussi facétieuse quand vous étiez encore en fonction. mais on vous saura néanmoins gré de réussir à l’être dans ces moments plus difficiles !

 

Présider la Commission Culture de « France Urbaine »…

Il y a un an et demi, je ne connaissais pas même France Urbaine (qui s’appelait à l’époque l’AMGVF, l’Association des Maires des Grandes Villes de France; qui a fusionné depuis avec l’ACUF, l’association des Communautés Urbaines de France, pour former France Urbaine), et je n’avais qu’une très vague idée de ce à quoi servaient les « associations d’élus », au delà d’un lobbying pour leur cause, mais cela restait très virtuel.

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Cela a bien changé aujourd’hui, et je me suis retrouvé la semaine dernière, hasard des calendriers et des grèves des transports des présidents en titre, à présider par intérim la Commission Culture de France Urbaine. De quoi s’agit-il et à quoi ça sert ?

Les rôles des associations d’élus sont multiples, mais les principaux sont l’échange d’information avec le gouvernement et les différents services ministériels, dans le cadre de l’élaboration des projets de loi, ou dans la remontée des informations et des points de vue des membres ; et pour ce faire au préalable, la détermination d’un point de vue des membres de l’association et d’un consensus ; ou encore l’échange de bonnes pratiques.

L'entrée du Conservatoire de Roubaix  (photo Empreinte paysage)

L’entrée du Conservatoire de Roubaix (photo Empreinte paysage)

L’ordre du jour de la réunion de cette semaine était un bon exemple de la valeur ajoutée que peut avoir cette association. Les sujets étaient des sujets d’actualités, avec par exemple les modalités du retour de l’Etat dans le financement des Conservatoires ; ou le fonctionnement du Fonds d’urgence d’aide aux salles de spectacles suite aux attentats de novembre 2015. Nous avons pu bénéficier d’un dialogue direct avec les responsables de ces dossiers au Ministère de la Culture, avons pu poser les questions qui nous préoccupaient, et finalement mieux comprendre le sens des mesures en cours d’élaboration, et avons pu ainsi anticiper certaines actions que nos Conservatoires devraient mener. Et cela n’est possible que par l’intermédiaire de telles associations, on comprend bien que le Ministère de la Culture ne pourrait pas avoir cet échange avec chaque ville ; et que les DRAC, bras armé du ministère en région, ne peuvent pas donner d’informations sur ce qui n’est pas encore officiellement décidé.

Mais au-delà de ce contact direct avec la « fabrique de la loi », c’est aussi l’occasion d’échanger avec ses homologues, de partager des points de vue, de découvrir d’autres organisations et manière de faire. Et parfois même, paradoxalement, d’échanger avec des villes proches, de la région, dont on n’avait pas eu l’occasion de rencontrer les élus ou les services, et avec lesquelles on se découvre des pistes de travail en commun.

Alors oui, décidément, présider cette commission culture, c’était une vraie valeur ajoutée et un réel moment d’échange.

Les curieux pourront même trouver sur ce lien le compte-rendu de la réunion, (presque) comme si vous y étiez !

Plus de 100 000 visiteurs pour l’expo Chagall à La Piscine !

C’était dans nos rêves les plus fous, on n’osait pas trop y croire, on se disait que ce n’était pas raisonnable après les 106 000 de Camille Claudel l’an dernier, que c’était déjà la 3ème exposition Chagall au musée, et les dramatiques événements de novembre dernier nous avaient amené à penser que cela n’arriverait pas …et pourtant si !  Avec un art du teasing et de la mise en scène que seul le hasard peut produire, c’est au dernier jour de l’exposition, dimanche 31 janvier, que le seuil symbolique des 100 000 visiteurs a été franchi; et finalement la journée s’est achevée à 19h à 101 122 spectateurs.

L'homme à la tête renversée

L’homme à la tête renversée

C’est d’abord une formidable aventure collective, démarrée depuis des années par les équipes de conservation du musée, continuant ainsi le partenariat fort et intimé noué avec la famille de l’artiste, et menée tambour battant depuis plus de 3 mois par l’ensemble du personnel, qui a fait fort pour acccueillir dans les meilleures conditions possibles les très nombreux visiteurs.

C’est aussi la preuve une nouvelle fois apportée de l’incroyable attractivité de ce musée; dans l’offre culturelle pléthorique de la saison Lille 3000 Renaissance, et avec un soutien médiatique et de communication modeste au regard de ses confrères musées de la région, la Piscine, encore et toujours, charme, attire et retient les visiteurs…

Chagall Marc (1887-1985). Céret, musée d'Art Moderne. AM1988-93.

Chagall Marc (1887-1985). Céret, musée d’Art Moderne. AM1988-93.

Enfin, et peut-être surtout, c’est sans doute à l’artiste qu’il faut rendre hommage. Chagall, honoré pour la 3ème fois à la Piscine, et bien non les visiteurs n’en avaient pas marre, loin de là, ils en ont même redemandé, qui plus est avec l’expo « jumelle » du MuBa à Tourcoing qui fait elle aussi un carton et se paie même le luxe d’une semaine de prolongation! Chagall, magnifié par une scénographie à la fois douce et respectueuse, et Chagall qu’on redécouvre parfois dans toute la diversité et la subtilité de son art, je pense en particulier à cette incroyable pièce des vitraux, clou de l’exposition à mon sens…

100 000 visiteurs, c’est sur cette belle note que s’achève cette exposition; le Musée peut maintenant se tourner sereinement vers son agrandissement qui va l’occuper dans les 18 mois à venir…

Détail d'un vitrail de Chagall

Détail d’un vitrail de Chagall

Raphaël au Colisée : un « Somnambule » qui réveille Roubaix !

Cela fait plus de 10 ans que Raphaël trace sa route dans le paysage de la variété française, de manière sans doute un peu moins visible qu’à ses débuts, mais avec conviction, et au vu de la salle du Colisée samedi dernier, avec une fanbase toujours vivante et active !

Son dernier album, « Somnambules », est sorti il y a quelques mois, et l’artiste a souhaité être accompagné sur scène par une chorale d’enfants de chaque ville où il passe ; il va sans dire qu’à Roubaix, nous nous sommes saisis avec enthousiasme de ce projet, avec le Conservatoire.

Samedi soir, c’était donc le grand moment. Effectivement, les interventions de la chorale sur les 8 premiers titres du spectacle apportaient fraîcheur et vivacité ; et mettaient bien en avant les titres du dernier album.

Dans le reste du spectacle, j’ai pu goûter l’art intimiste de Raphaël, une belle maîtrise vocale que je ne le soupçonnais pas, et une mise en scène visuelle du spectacle à la fois simple et réussie. J’avoue aussi une tendresse particulière pour ses textes, à la fois poétiques, très personnels, touchants, parfois naïfs et parfois crus…Les reprises de Bowie qui parsemaient le show, notamment un Blue Jeans et un Modern Love, apportaient une touche d’émotion chaudement applaudie par le public.

Certes, on pourra reprocher à Raphaël de ne pas être un showman extraordinaire, et le contact avec le public n’est pas très expansif. A vrai dire, on ne s’attendait pas vraiment à autre chose ; et finalement sur les rappels, le public se lève, tape dans les mains et applaudit à tout rompre. Que faut-il de plus 😉 !

photo Voix du Nord

photo Voix du Nord