Archives de catégorie : Culture

3 voeux pour Lille3000 – Utopia

(intervention au Conseil de la Métropole Européenne de Lille du 13 décembre 2019)
Bis repetita placent. Les choses répétées 2 fois plaisent.
Nous nous retrouvons donc ce soir, comme il y a 3 ans, ou comme il y a 13 ans comme le signalait Rudy Elegeest, pour délibérer sur l’éventuelle subvention à la prochaine édition de Lille3000.
Comme il y a 3 ans, les mêmes questions se posent.
Quel est le bilan de l’édition tout juste achevée ? L’impact sur la fréquentation touristique ? L’articulation avec Hello Lille ? L’apport au rayonnement culturel de la métropole ? Le gain pour l’attractivité du territoire ? Le positionnement et les performances par rapport aux autres grandes saisons culturelles françaises, au Voyage à Nantes, à Un été au Have, à Normandie impressionniste, à la Biennale de Lyon ? Nul ne le sait vraiment. Les seuls éléments communiqués sont la fréquentation, qui, en agglomérant aux expositions du Tri Postal les Foulées de Verlinghem, la Nuit des Piscines ou même les expositions du Louvre Lens, forment un total qui ne veut pas dire grand chose. On entend même maintenant parler de « chiffres à la Lille3000 » et d’une édition « Exagerado » !
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La nuit des Piscines était aux couleurs d’Eldorado cette année.

Plus sérieusement, une étude des retombées de l’événement a bien été commanditée auprès du cabinet Gece; mais sa restitution aura lieu au 1er trimestre 2020, soit bien après notre vote de ce soir. N’est-ce pas mettre la charrue avant les boeufs ?
C’est pourquoi je formule un premier voeu, comme en 2016, qu’une commission de suivi et d’évaluation soit à nouveau formée. Mais que, contrairement à 2016, cette commission de suivi soit moins une chambre d’enregistrement ou de présentation promotionnelle par Lille3000, mais un réel lieu d’échanges, de débats et de questionnements entre élus, avec l’appui des services de la métropole.
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Quelles sont les performances de Lille3000 par rapport à Normandie Impressionniste, par exemple ? Nul ne le sait vraiment.

Comme il y a 3 ans, les mêmes questions se posent : pour quoi au juste allons-nous voter ? Au delà d’un slogan, « Utopia », et d’orientations pleines de mystères et d’ambivalence, quels sont les axes principaux ? Les nouveautés thématiques ? Les événements marquants ? Le périmètre concerné ? Faut-il continuer à étirer jusqu’en décembre ? Les propositions estivales d’Eldorado ont-elles rencontré leur public ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que, divine surprise, la subvention de la MEL passerait de 2,4 M€ à 3 M€. Elles sont rares, les manifestations culturelles qui voient leur subvention augmenter de 20%; on aimerait savoir pourquoi, ce qui rend cette augmentation si impérieuse ? Cela présage-t-il d’une mise à la diète de l’ensemble des autres associations culturelles ?
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L’oeuvre d’Elsa Tomkowiak a enchanté les visiteurs du Parc Barbieux, bel exemple d’un essaimage métropolitain à développer

Je formule donc un 2ème voeu, en me réjouissant de cet appui renforcé de la métropole à cette opération. Le budget des opérations de Lille3000 ne représente pour les 89 communes de la MEL hors Lille que 15% du total, je suggère donc que les 600 k€ supplémentaires soient principalement consacrés à l’essaimage métropolitain. Cela serait une façon concrète de répondre à un certain nombre de critiques, parfois justifiées et parfois pas, sur le lillo-centrisme de l’événement.
Le Groupe Métropole Communes Unies votera donc majoritairement pour cette délibération et donc in fine pour cette manifestation, en formulant un 3ème voeu, qui je l’espère ne restera pas une utopie : que cette 7ème édition de Lille 3000 soit toujours plus participative, qu’elle assure toujours plus de rayonnement à notre territoire, qu’elle présente toujours plus d’innovation culturelle, et rassemble toujours plus d’habitants de notre métropole et de notre région.
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L’Infinite Mirror Room de Yayoi Kusama au Tri Postal, une des oeuvres les plus marquantes de cette édition Eldorado (photo plusaunord.com)

(les amateurs de cohérence politique pourront aussi se référer à mon post de 2016, « Pour un Lille3000 plus ouvert, plus ambitieux, plus efficace »)

Vanessa au Colisée

C’est le privilège des stars, des vraies. Un simple « Vanessa » suffit à les identifier. Et parions que des (dizaines) de milliers de femmes nées dans les années 90 lui doivent aujourd’hui leur prénom…
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Vanessa plutôt rock en début de spectacle

Bref, 26 ans (!) après son premier passage au Colisée, Vanessa Paradis était de retour sur la scène roubaisienne, qui était une fois de plus comble pour cette occasion; et c’est un vrai show de star auquel nous avons eu droit.
En 3 morceaux, les premiers rangs étaient déjà debout pour accompagner la chanteuse dans une rétrospective assez complète de sa carrière. Le groupe de musicien est soudé et versatile, mais c’est Vanessa Paradis qui fait le spectacle, et de belle manière. Elle bouge sur toute la scène, elle ondule, elle sourit, elle envoie des bises au ciel pour Serge Gainsbourg à la fin d’un très beau « Johnny Jane », elle se dévoile petit à petit; elle habite la scène et la salle d’une manière assez incroyable, sans jamais se départir d’un bout de timidité tellement charmant.
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Vanessa se repose pendant un solo de guitare…

Musicalement, sa voix est plus affirmée que je ne l’aurais cru; et elle revisite avec bonheur ses titres plus ou moins récents. Si certains sont à mon goût un peu faibles, d’autres se révèlent sur scène (comme « La Seine » justement), et bien sûr ses titres du début sont mis à l’honneur de très belle manière, dans une sorte de karaoké géant comme sur Joe le Taxi (« c’est sa vie »!).
Une mention spéciale au medley Lenny Kravitz, où les 4 chansons enchaînées que je n’avais pas entendues depuis longtemps m’ont enthousiasmé et redonné envie d’écouter cet album au si grand succès à l’époque.
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Espérons donc tous revoir « Vanessa » très bientôt sur cette scène. Un portrait d’elle à 20 ans en noir et blanc orne depuis des années les murs du Colisée; elle y est la bienvenue quand elle veut !
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La Seine sur scène , ça donne ça :
et pour la bonne bouche, l’époque Lenny Kravitz c’était ça :

Le patrimoine, ce lien qui nous unit

Le dramatique incendie de Notre-Dame de Paris a au moins eu ce mérite, par l’émotion mondiale qu’il a suscitée, par l’ampleur de la réaction qu’il a causée, et par l’incroyable vague de solidarité qu’il a générée, de nous montrer à quel point le lien qui nous unit à notre patrimone est fort, ancien et profond.
Nous avons tous eu l’impression de perdre quelque chose d’important, quelque chose auquel nous tenions si fort mais sans vraiment le savoir. Et nous avons tous été surpris de voir que nous n’étions pas seuls dans ce cas, mais des millions.
Et ce lien qui nous unit si fort à des bâtiments, et qui nous tient si fort ensemble, cette force du patrimoine, nous la vivons aussi ici, tous les jours, à Roubaix. Ainsi, l’église St Martin, rare vestige de l’ère pré-industrielle à Roubaix, en rénovation pour encore quelques années. St Joseph, dont la longue réhabiliation se termine, chef d’oeuvre du néo-gothique, et émouvant témoignage de la foi des ouvriers de l’industrie textile. Et comme on le voit sur ces photos, à Roubaix, on sait ce que reconstruire une charpente d’église ou installer un nouveau clocher veut dire !
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Mais le patrimoine à Roubaix, ce sont aussi bien sûr ces bâtiments industriels, qui ont constitué le tissu urbain au 19ème et 20ème siècle; et leur présence si familière aujourd’hui dans le paysage roubaisien nous rappelle à chaque instant l’histoire de notre ville, l’histoire de ceux qui l’ont bâti, de ceux qui sont venus y vivre, et l’incroyable épopée industrielle de notre ville.
La patrimoine de Roubaix ne date pas du 13ème siècle, mais ce patrimoine du 19ème et du 20ème siècle, nous y sommes tout autant attachés, car c’est lui qui nous a constitué. Imagine-t-on aujourd’hui Roubaix sans sa Piscine art déco des années 30, alors que le bâtiment a à peine 80 ans ? Sans son magistral Parc des Sports, où l’arrivée du Paris Roubaix aurait beaucoup moins d’allure si elle n’avait pas lieu dans cet antre historique du vélo en France ?
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Ce n’est pas pour rien qu’il y a maintenant 18 ans, Roubaix fut pionnière en étant reconnue « Ville d’Art et d’Histoire » en particulier au titre de son patrimoine industriel, presque une curiosité alors; et aujourd’hui la ville assure avec constance et rigueur l’entretien des bâtiments qui lui appartiennent.
Certes rien n’est simple; si de magnifiques projets comme celui de la rénovation de l’église St Joseph sont maintenant bien engagés, si le monastère des Clarisses va se réinventer en partie comme une Maison de l’Economie Circulaire et du Zéro déchet, l’avenir de l’église Notre Dame (les Gobelins) par exemple n’est lui pas encore clairement établi.
Je formule ici néanmoins le vœu qu’il y ait cette année une réelle prise de conscience de l’importance du patrimoine dans nos vies, dans nos villes; et que chacun ait à cœur de considérer, comme la ville l’a fait, comme nous le faisons collectivement pour Notre Dame de Paris, que nous en sommes tous un peu responsables, et que cela vaut le coup d’y contribuer, chacun à la hauteur de ses possibilités et de ses moyens. En faisant visiter ces lieux à des amis, en en devenant bénévoles, en aidant financièrement les initiatives qui se constituent. Parce que ce lien qui nous unit, il nous revient à tous de l’entretenir et de le renforcer. N’attendons pas l’irréparable pour montrer notre attachement.
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L’intérieur de l’église St Joseph, rue de France, à l’Alma. Le seul bâtiment classé Monument historique de Roubaix. On voit comme il le mérite…

La ville de Roubaix a établi depuis plusieurs années un partenariat avec la Sauvegarde de l’Art Français pour le recueil de dons contribuant aux projets de rénovation de l’église St Joseph rue de France : https://www.sauvegardeartfrancais.fr/projets/eglise-saint-joseph/
Concernant plus spécifiquement le musée la Piscine, géré directement par la ville, des dons ouvrant droit aux avantages fiscaux habituels sont possibles : https://www.roubaix-lapiscine.com/mecenes-et-amis/faire-un-don/

La Nuit des Arts sur France 3 Hauts de France

Il y a des propositions comme ça qui ne se refusent pas, même si c’est un vendredi matin, à Amiens, une semaine avant l’événement. Parce que parler de la prochaine édition de la Nuit des Arts à des dizaines ou des centaines de milliers de personnes, c’est tout bonnement une occasion en or.

En effet, la Nuit des Arts, c’est un peu la quintessence de ce que la ville de Roubaix essaie de faire en matière de culture. Un événement festif, participatif, gratuit, généreux, qui rayonne sur toute la ville, qui essaime sur une cinquantaine de lieux, qui réunit les milliers de visiteurs de la Piscine et les quelques dizaines de visiteurs d’endroits plus confidentiels.

Et puis, cerise sur le gâteau, parce qu’on avait l’intime conviction que cette 18ème édition sera véritablement spéciale : première édition depuis la réouverture du Musée, 10ème anniversaire de Small is beautiful au Non-Lieu, dernière Braderie de l’Art à la Condition Publique avant le début des travaux, plus de 600 artistes (oui, 600, on les a comptés !), vraiment on ne compte plus les raisons de marquer cette édition d’une pierre blanche. Et je ne parle même pas du Marché des Modes ou de la Braderie de La Grand Plage !

Sur le plateau

C’est le message que j’ai modestement essayé de faire passer dans l’émission 9h50 le matin sur France 3 la semaine dernière. J’y ai été séduit par le sympathie et la bonne humeur des équipes, par la bienveillance de tous, ça a été un plaisir de parler de cet événement, et j’ai la faiblesse de croire que ce plaisir et cette bienveillance se sentent un peu dans l’interview…

Donc ce week-end, aucune hésitation : direction Roubaix pour le week-end des Arts !

un peu d’archives de blog ; la Nuit des Arts « groovy » de décembre 2013,

celle de décembre 2014 avec Délit Maille entre autres,

ou encore celle de décembre 2016 avec même un peu d’Alain Chamfort et Manureva 🙂

En duplexe

 

 

Ballet du Nord : un Let’s move dionysiaque !

Il y a des moments dans la vie culturelle dont on se souviendra longtemps, et on le sait presque sur le moment – et le savoir sur le moment augmente encore le plaisir de voir le spectacle en question…
Bref, c’est un de ces moments que j’ai vécu samedi soir, presque une épiphanie. De quoi s’agissait-il ? De la première – et unique – représentation de Let’s move, le spectacle participatif de Sylvain Groud, le nouveau directeur du Ballet du Nord.
Il faut bien dire qu’on l’attendait un peu au coin du tournant, le Sylvain. Depuis qu’il est arrivé au mois d’avril, il a montré de belles intentions et s’est impliqué dans beaucoup d’actions locales et régionales, mais on était impatient de voir ce que pouvaient donner ses grands projets…Et Let’s move était ce grand projet, commande de la Philharmonie de Paris (excusez du peu!), déjà en préparation pour le Havre, Paris et Sénart…
On n’a pas été déçu du voyage. 140 amateurs, c’est beaucoup quand on y pense, et c’était déjà un bel exploit, un beau signe de confiance, que d’avoir réussi à les réunir et les motiver pour 2 week-ends complet d’apprentissage, de répétition, de vie commune. Et sur le plateau du Colisée, ça fait vraiment BEAUCOUP de monde. A vrai dire, à part pour les spectacles de type « Chorale » – et encore, il n’y a alors aucun déplacement, aucun mouvement, aucune intention de danse -, on ne voit plus de nos jours autant de monde sur le plateau. Personne ne peut plus produire un spectacle avec 100 personnes.

du monde au balcon !

D’ailleurs, cela faisait tellement de monde que les danseurs étaient partout : dans les couloirs de la salle, sur les fauteuils, sur les balcons; bref on était complètement entourés et pris par le spectacle!
Et le spectacle lui-même alors ? Il était diablement malin et bien troussé ! Encadrés, inspirés, coachés par une poignée de professionnels (on retiendra notamment le solaire Jérémy Martinez et l’élégant Julien-Henri Vu Van Dung), les amateurs dansaient, chantaient, jouaient la comédie, percussionnaient, faisaient leur show, à qui mieux mieux sur les grands airs de la comédie musicale.
Cela aurait pu être rapidement charmant mais lassant, mais Sylvain Groud avait plus d’un tour dans son sac; et la salle du Colisée s’est transformé tour à tour en salle de concert, en bal musette, en boîte techno; le public s’est rapidement mis à chanter et à danser à l’unisson avec la troupe, et c’est véritablement une salle complètement prise au spectacle et enthousiasmée qui s’est égosillée finalement sur le final de Summer Nights…
Bref, si l’adjectif dyonisiaque n’existait pas, il aurait fallu l’inventer pour cette incroyable représentation qui fera date dans l’histoire du CCN et du Colisée. On ne demande qu’une chose : les revoir bientôt !

Avec « Un été au Havre », la ville rentre dans le jeu culturel métropolitain

Dans le « jeu métropolitain » d’aujourd’hui, pour exister, il faut avoir « sa » grande manifestation attractive, touristico-culturelle ou culturello-touristique. On appellera ça « Voyage à Nantes », « Lille 3000 », Festival d’Avignon, « Normandie impressionniste », que sais-je encore.

Le Havre l’a bien compris, et a profité de l’occasion de ses 500 ans (la ville fut fondée par François 1er en 1517) pour concocter « Un été au Havre », qui a fêté son ouverture ce week-end, le 27 et 28 mai 2017.

On y retrouve des ingrédients déjà utilisés ailleurs, avec un certain brio et un vrai bonheur ; sans doute dû à la présence derrière les manettes de Jean Blaise, grand manitou du Voyage à Nantes, référence en la matière.

Le bien nommé « Dans le port du Havre », de Pierre et Gilles, l’expo inaugurale d’Un été au Havre au Muma

Ainsi, la présence d’oeuvres magistrales dans l’espace public, les itinéraires de découverte de la ville, les lieux investis par des artistes, un espace urbain rénové et rebalisé, 1 fête d’ouverture et de fermeture (là plutôt à la Lille 3000…), les grandes manifestations qui ponctuent la période (expos prestigieuses dans les musées, défile de rue avec Royal De Luxe, les voiliers, la transat Jacques Vabre, le FISE…), on retrouve à peu près tout dans Un été au Havre ; et ça fonctionne plutôt bien.

 

Des couleurs éclatantes sous un soleil de plomb pour la Catène de containers de Vincent Ganivet, star de la saison

J’ai particulièrement apprécié la magnifique œuvre « Catène de containers » de Vincent Ganivet, évidente icône Instagram de la ville (les équipes d’Un été au Havre n’ont pas oublié le besoin de nos jours de proposer quelques photos ultra reconnaissables qui inondent les réseaux sociaux…), mais surtout œuvre forte et porteuse de sens, magnifiquement placée dans une perspective majeure de la ville, dont on espère qu’elle puisse rester plus longtemps, un peu à la manière des « fleurs d’Euralille » pour Lille 2004 qui ont gagné le droit de devenir permanentes (ok, je sais, les Tulipes de Shangri-La, de Yayoi Kusama…).

Le défilé et la Magnifik parade du samedi d’ouverture fonctionnaient bien, et réussissaient à la fois à remplir la place de l’hôtel de ville, à proposer quelque chose d’à la fois décalé et accessible, et aussi très lié à l’histoire et l’architecture de la ville ; belle gageure !

Mais c’est surtout dans les parcours de découverte qu’Un été au Havre prend tout son sens, on découvre le charme fou d’un centre ville entièrement reconstruit et qui étonne par sa splendeur, on apprécie la proximité de la mer et le caractère de port de la ville se fait sentir à tous les instants ; mais on découvre aussi des hauteurs charmantes, des lieux magiques comme le fort de Tourneville auquel on accède par des escaliers d’un pittoresque remarquable.

Mission accomplie pour cet « Eté au Havre » donc, et l’on se demande déjà si suite il peut y avoir, et surtout quand:)

Chroniques du bureau 112 : au 2ème tour de la Présidentielle

On avait laissé le bureau 112 farouchement mélenchoniste au soir du 1er tour, on se demandait ce que le 2ème tour allait donner…

L’urne enregistrera finalement presque 800 votes…

Première émotion du président du bureau : la porte d’entrée ne s’ouvre pas, la serrure est coincée. Il est 7h30 le dimanche matin (oui, le président arrive tôt…), comment fait-on dans ces cas-là ? La solution est simple : on appelle l’astreinte des ateliers municipaux, et quelques minutes après 8h, 2 techniciens changent le canon et permettent aux électeurs d’entrer par la porte principale et non plus par la porte arrière. Un grand merci à eux, et encore désolé pour les premiers votants qui ont dû faire un léger détour dans les couloirs de l’école maternelle !

Fin d’intervention sur porte récalcitrante !

Autre émotion du jour : les assesseurs sont toujours là; le 1er tour semble ne pas les avoir dissuadé de tenir une nouvelle fois le bureau de vote, et je suis bluffé par leur jeunesse (ils passent tous les 3 le bac cette année…), leur bonne humeur, leur enthousiasme, et le sérieux avec lequel ils tiennent la fonction. S’il y a bien une raison de croire à l’avenir de Roubaix, c’est bien en faisant confiance à ces jeunes, car ils ont un potentiel incroyable. Un grand merci à Yasmina, Léonardo et Thomas; en espérant les revoir aux Législatives…

Un moment un peu troublant a aussi été cette électrice, assez âgée, qui s’est présentée une 2ème fois à peu près une demie-heure après son premier vote, en nous disant qu’elle n’avait pas voté et qu’elle ne se souvenait pas du tout être déjà venue. Nous étions fort affirmatifs, mais il a fallu lui montrer sa signature sur le cahier d’émargement pour qu’elle convienne qu’elle était déjà venue. Evidemment, nous avons essayé d’être délicat, « ça arrive à tout le monde madame d’oublier qu’on a fait quelque chose »…

Enfin, un grand bonheur pour moi en tant qu’adjoint à la Culture, ça a été de lire, dans les couloirs de l’école maternelle, le panneau suivant :

oui, à Roubaix, les écoles maternelles vont visiter le Musée La Piscine, 1er musée de France, y font de la peinture, des dessins, bref apprennent ce qu’est un musée… Rien ne pouvait me rendre plus fier. J’en suis ressorti boosté comme jamais 🙂 Et puis cette punchline finale, « ils ont laissé de l’eau pour s’en souvenir », j’adore !

Bon, au final, le bureau 112 enregistre 30 voix de moins qu’au 1er tour et se retrouve farouchement macroniste 🙂

Billet dur aux Inrocks

D’habitude je t’aime bien les Inrocks, d’ailleurs je te lis depuis tellement longtemps, mais là t’es venu à Roubaix, t’as fait un article et t’as pas assuré du tout.

Reflet d’immeubles Photo Jean Miaille www.jeanmiaille.fr

D’abord, dis à ta journaliste Inès Bouchareb que le premier devoir du journaliste, c’est de vérifier les faits. Et là, tout ce que tu racontes, c’est truffé d’erreurs et d’inexactitudes. Ça fait pas sérieux pour la suite. 300 structures dans le tissu associatif local ? Il y en a déjà 400 sur le portail associatif de la ville, sans compter toutes celles qui n’y sont pas référencées. Le tabac du Pile graffé dans le cadre de l’expo Street Art de la Condition Publique ? Non, elle commence à la fin du mois, c’était l’an dernier avec la Maison du Projet. Un projet « Blanchemaille consacré à la rénovation des quartiers insalubres » ? Euh pas vraiment, il s’agit d’accueillir des start-up dans les espaces libérés par La Redoute. La manne de la rénovation urbaine pour Blanchemaille ? Pas un centime de l’ANRU, c’est un programme MEL et EPF. Pierre Dubois « ancien élu de 75 ans » ? Aux dernières nouvelles, il est toujours élu. Bref, en 4 pages, ça commence mal niveau crédibilité.

La « boutique abandonnée » du Pile a aussi été le support d’une oeuvre d’Aurélien Nadaud l’été dernier pour Pile au rdv…

Après, j’aurais aussi aimé que tu sortes des clichés ressassés sur Roubaix qu’on croirait plutôt sortis de Valeurs Actuelles. On enchaîne en quelques pages la « ville la plus pauvre de France » (entre guillemets, mais de qui ?), les « briques de misère », des « structures urbaines quasi insalubres » (ça veut dire quoi ?), la « grisaille du ciel » (original!), un FN « qui aurait dû rafler la mairie depuis longtemps » (toutes les villes pauvres votent FN partout en France, c’est ça ?), un « environnement peu accueillant » (ah bon ?), une ville qui est une « ancienne ville dortoir » (sérieux ?), etc. Ça a l’air d’être dur pour toi de sortir de ton 11ème arrondissement et de te renseigner sur l’histoire et l’architecture d’une ville industrielle, qui se trouve aussi être labellisée Ville d’Art et d’Histoire, depuis plus de 15 ans, avec plus de 40 sites inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques, mais c’est un détail qui a dû t’échapper.

Parmi les bâtiments inscrits aux Monuments historiques, les Archives Nationales du Monde du Travail

Bon, si l’on fait abstraction des inexactitudes et d’un biais franchement négatif, j’aurais aussi aimé te dire que sur le fond, je ne suis franchement mais franchement pas d’accord avec toi. Tu parles des jeunes qui ne se retrouvent pas à la Condition Publique, moi je t’aurais parlé de Pile au Rendez-vous, un festival co-construit avec les habitants, qui a attiré plus de 5000 personnes en juin dernier. Pas mal pour une « forteresse […] même pas au quartier ». Tu parles des jeunes talents de la région dont les rappeurs pour qui on ne fait rien, je t’aurais parlé du Festival #XU avec sa grand place noire de monde autour des animations danse et musique de Brahim Bouchelaghem, des ateliers de l’ARA, des salles de répétition du Bar Live, des événements de Da-Mas, du weekend hip hop de So Street, de cette belle expo Street Generation(s) de la Condition Publique qui va aussi – et surtout – investir le quartier du Pile et en faire un musée à ciel ouvert…

So Street weekend 2016, salle Watremez. Photos Ahmed Djemai.

Et puis , si tu avais cherché à me joindre, je t’aurais aussi parlé de Camerone Bida, ce jeune danseur du cru, repéré à Shake shake shake, et finalement intégré à Auguri, la dernière création du directeur du Ballet du Nord, Olivier Dubois. Je t’aurais parlé des Fil aux Records, ce collectif de jeunes musiciens qui ont accompagné ce beau projet étudiant et littéraire de « Roubaix en 150 mots » qui a enthousiasmé la ville. Je t’aurais parlé de ces 15 enfants des Quartiers Nord qui vont intégrer l’orchestre Démos de la Métropole Européenne de Lille et jouer du hautbois et de la flûte 2 fois par semaine avec des intervenants de l’Orchestre National de Lille au Centre Social de l’Alma. Je t’aurais parlé de Toi Président, où les jeunes des quartiers vont être formés et rémunérés pour prendre la parole via des vidéos Youtube sur les Présidentielles…

Finalement, je crois que ça aurait donné un bien meilleur article, et là on aurait vraiment compris pourquoi « ma cité va pas craquer », au lieu du misérabilisme condescendant, plein d’erreurs et de clichés que tu nous as asséné. Sans rancune, la prochaine fois on s’appelle avant ?

Un moment de grâce avec Valérie Lemercier au Colisée de Roubaix

Hier soir, le spectacle de Valérie Lemercier concluait l’année 2016 au Colisée de Roubaix, et ce fut un vrai moment de grâce.

Moment de grâce, car c’était la première fois que je voyais cette artiste en live, et comme on le sait elle refuse toute captation ou enregistrement de ses spectacles, donc la seule manière de vraiment connaître son art, c’est d’aller la voir. Pas mal, finalement, comme concept. Ce qui explique aussi, pour respecter le souhait de l’artiste, l’absence de photo ou de vidéo pour illustrer ce post…

Moment de grâce, car l’humour toujours aussi décapant, la présence scénique incroyable, le talent de camper des personnages, mais aussi de faire rire une salle par de simples traversées de 15 secondes, bref Valérie Lemercier maîtrise totalement son art; et reste en pleine connexion avec son époque, comme en témoigne le sketch sur l’ado et les réseaux sociaux, ou l’essayage de mode d’une jeune starlette.

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Moment de grâce, car après le spectacle, et pour la première fois depuis que je préside le Colisée, je suis allé saluer l’artiste en coulisses après le spectacle, et, contrairement à l’image parfois colportée, c’est en toute décontraction que Valérie Lemercier a partagé une coupe de champagne avec son équipe, quelques amis venus la voir et les officiels présents; elle en a profité pour nous faire part de ses impressions sur la salle (« une des plus belles de France avec le Quartz à Brest, je suis passé au Colisée pour tous mes spectacles »), et nous raconter quelques souvenirs personnels sur Roubaix où, il y a quelques années, elle a assisté à l’arrivée du « Paris Roubaix à la marche » (bon, il s’agit des 28h de Roubaix, mais ça prouvait qu’elle connaissait vraiment l’événement…), et aussi nous parler de « Marie-Francine », son prochain film qui sort le 31 mai.

Autant dire que devant l’enthousiasme de la salle et la belle énergie de l’actrice, on a tout de suite pris date pour la prochaine tournée et le prochain spectacle de Valérie Lemercier; peut-être même que si elle prolonge un peu sa tournée actuelle…

 

Si besoin était, Sudinfo.be résume de belle manière les 6 raisons d’aller voir ce spectacle, qui passe encore à Bruxelles la semaine prochaine !

 

Tout cela est un petit peu de la faute de Didier Knoff…

discours prononcé à l’occasion de l’inauguration de l’exposition « Mémoires d’un roubaisien », photographies de Didier Knoff, à l’Espace Ville Patrimoine de Roubaix, Condition Publique, le 3 décembre 2016.

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Qu’on me permette pour une fois de commencer en parlant un peu de moi, en disant que si je prends aujourd’hui la parole, c’est un peu de la faute de Didier Knoff…
Il y a bientôt 15 ans, locataires à Marcq en Baroeul et désireux de devenir propriétaires, mon conjoint et moi avons visité de nombreuses maisons dans beaucoup de villes différentes de la métropole lilloise.
Il faut bien avouer que la déception était souvent au rendez-vous.
En revanche, les visites que nous faisions sur Roubaix nous semblaient plus intéressantes. Des maisons plus spacieuses, avec plus de cachet, plus de charme, et en général moins chère. Mais fallait-il vraiment habiter Roubaix ?
C’est là que Didier Knoff entre en scène. Comme souvent, pour apprécier Roubaix, il faut y avoir été initié. Didier Knoff a été pour nous cet initiateur. Il nous a parlé de l’histoire de la ville, de ce conte de fée d’une piscine transformée en musée, de cette galerie qui se vante d’être la plus petite du monde et qui fait un vernissage tous les 1er dimanche du mois, d’une tenancière de table d’hôte qui recevait chez elle sans menu 15 ans avant que les sites internet ne se jettent sur le concept, des arrivages aux Aubaines les jeudi, et de tant d’autres choses encore. Bref, de Roubaix quoi. Et il nous a convaincu.

C’est peu dire que je ne regrette pas de l’avoir écouté; et aujourd’hui, par une de ses ironies dont l’histoire de Roubaix est friande, c’est moi qui célèbre l’inauguration de cette exposition sur les « Mémoires d’un roubaisien ».
Car c’est peut être ce qui caractérise le mieux Didier Knoff, d’être viscéralement,  intégralement, passionnément roubaisien. Ses photos le disent mieux que tout, lui qui a capturé l’essence de la ville tout au long des années; et rarement l’espace ville patrimoine de la ville aura autant transpiré l’amour de la ville qu’aujourd’hui grâce à cette exposition
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Car l’oeil de Didier Knoff, aiguisé, pointu, malicieux, tendre, parfois aussi rigoureux et graphique, s’est promené partout dans la ville; et ce regard constitue un magnifique témoignage de l’évolution de notre ville au long des années
J’espère donc pour conclure que, comme il l’a été pour moi et sans doute pour beaucoup d’autres, Didier Knoff sera à nouveau un initiateur, un ambassadeur formidable de la ville de Roubaix grâce à cette exposition et je me réjouis de vous voir si nombreux aujourd’hui à être venu la découvrir et l’inaugurer ensemble.